—Voici, mère, commença-t-il, l’emploi de mon temps depuis que je t’ai quittée:

Je me rappelais avoir vu, lors d’une expertise, route de la Révolte, trois ou quatre maisons tout à fait convenables pour mes projets... Naturellement, c’est là que j’ai couru tout d’abord. Dans une de ces maisons, un appartement était vacant, je l’ai loué, et pour que rien n’entrave la liberté de mes mouvements, j’ai payé six mois d’avance... Voici la quittance, au nom que nous porterons désormais.

Et il montrait un papier où le propriétaire déclarait avoir reçu de M. Mauméjan la somme de 350 fr., pour deux termes à échoir, etc...

—Mon marché conclu, reprit-il, je suis revenu vers le centre de Paris, et je suis entré chez le premier marchand de meubles que j’ai rencontré... Je me proposais de louer seulement de quoi garnir notre petit logement, mais le marchand a élevé toutes sortes de difficultés... Il tremblait pour ses meubles, il exigeait un cautionnement en argent ou la garantie de trois commerçants patentés... Quand j’ai vu cela, et tout le temps que je perdais, j’ai acheté le strict nécessaire. Une des conditions du marché est que tout sera chez nous, et à peu près en place, à onze heures... Comme j’ai stipulé par écrit un dédit de 300 francs, je suis sûr de l’exactitude de mon homme... Je lui ai confié la clef de notre logement, et il doit m’y attendre en ce moment.

Ainsi, avant de songer à son amour et à Mlle Marguerite, Pascal ne s’était préoccupé que des intérêts de sa réputation perdue.

Et il avait tout terminé en quelques heures avec cette sûreté et cette adresse que donne la connaissance exacte des merveilleuses ressources de Paris.

Mme Férailleur ne lui avait peut-être pas cru tant de courage, et elle l’en récompensa par un serrement de main.

Puis, comme il se taisait:

—Quand donc as-tu vu Mme Léon? interrogea-t-elle.

—Après que toutes mes dispositions pour notre emménagement ont été bien prises, chère mère... Lorsqu’en sortant de la boutique du marchand de meubles, j’ai calculé que j’avais encore cinq quarts d’heure devant moi, je n’y ai plus tenu... et, au risque de t’exposer à m’attendre, je me suis fait conduire rue de Courcelles...