Ayant vingt minutes au moins à attendre, Pascal était allé s’asseoir sur une borne, en face de l’hôtel de Chalusse, et son regard s’attachait obstinément à la façade, comme si par un prodige de volonté il eût pu traverser les murailles, et voir ce qui se passait à l’intérieur.

Une seule fenêtre, celle de la chambre où l’on veillait le corps du comte de Chalusse, était éclairée... Et dans ce cadre lumineux, on distinguait de la rue l’ombre d’une femme, debout, immobile, le front appuyé contre les carreaux...

Et le temps passait...

En proie à l’indicible angoisse de l’homme qui sent que sa vie est en jeu, que son avenir se décide, que son sort va être à tout jamais et irrévocablement fixé, Pascal comptait les secondes.

Réfléchir, délibérer, prévoir, concerter un plan... impossible. Sa pensée échappait à sa volonté... Il perdait jusqu’à la mémoire de ses tortures depuis vingt-quatre heures. Coralth, Valorsay, la d’Argelès, le baron, n’existaient plus. Il oubliait sa position perdue et l’infamie attachée à son nom... Le passé était comme supprimé, et l’avenir pour lui n’allait pas au-delà de quelques minutes... Toute sa vie se résumait en l’instant présent, et il ne concevait ni ne percevait rien, hormis qu’il attendait Mlle Marguerite et qu’elle allait venir...

Sans doute ses dispositions physiques aidaient à cet anéantissement moral... Il n’avait rien pris de la journée et son estomac défaillait... Il ne s’était pas muni d’un pardessus, et le froid de la nuit le pénétrait jusqu’aux moelles... Ses oreilles tintaient, des éblouissements emplissaient ses yeux d’étincelles...

La demie de minuit qui sonnait lugubrement à l’horloge de l’hôpital Beaujon le tira de cet anéantissement.

Il crut entendre une voix dans la nuit, qui lui criait: «Debout, voici l’heure!»

Tout chancelant, et sentant ses jambes se dérober sous lui, il se traîna jusqu’à la petite porte des jardins de l’hôtel de Chalusse.

Bientôt elle s’ouvrit mystérieusement, et Mme Léon parut.