—Nous serons bien ici, déclara Mme Férailleur, oui, très-bien... Demain soir, tu ne t’y reconnaîtras plus... J’ai sauvé bien des choses de notre naufrage: des rideaux, une paire de lampes, une pendule... tu verras. C’est surprenant, tout ce qu’on peut faire tenir dans quatre malles!...
Lorsque sa mère lui donnait un si fier exemple, Pascal eût rougi de ne pas s’élever à sa hauteur. Il se mit donc à expliquer gravement les raisons qui l’avaient déterminé à choisir ce logement: c’est qu’il avait tenu surtout à ne pas avoir de concierge. Ainsi, il assurait la liberté absolue de ses mouvements et se mettait à l’abri des indiscrétions.
—Certes, chère mère, ajoutait-il, le quartier est désert, mais tu y trouveras néanmoins le nécessaire... Au-dessus de nous, demeurent, m’a dit le propriétaire, de très-braves gens... j’ai déjà causé avec la femme, elle te pilotera... Je me suis enquis de quelqu’un pour le gros ouvrage et on m’a indiqué une pauvre marchande nommée Vantrasson, qui cherche de tous côtés un ménage à faire... On doit l’avoir prévenue ce soir, tu la verras demain... Et surtout n’oublie pas que tu es désormais Mme Mauméjan.
Entraîné par la situation, il parlait, il parlait... Lorsque Mme Férailleur, tirant sa montre, lui dit doucement:
—Et ton rendez-vous?... Tu oublies qu’une voiture attend à la porte...
C’était vrai, il avait oublié.
Vivement il prit son chapeau, et après avoir embrassé sa mère, s’élança dehors.
Les chevaux du fiacre n’en pouvaient plus, mais le cocher avait été si bien encouragé qu’il trouva le secret de les faire trotter jusqu’à la rue de Courcelles.
Là, par exemple, il déclara que lui et ses bêtes étaient à bout, et ayant reçu ce qui lui était dû, il s’éloigna au pas...
Le temps était froid, la nuit sombre, la rue déserte... Le silence était lugubre, troublé à de longs intervalles par le claquement d’une porte ou le pas lointain d’un promeneur attardé...