C’était un garçon de vingt-deux à vingt-quatre ans, d’une taille un peu au-dessus de la moyenne, très-blond, avec des yeux clignotants, pâle et n’ayant de barbe qu’une moustache relevée en croc, plus foncée que ses cheveux.
Il était vêtu avec cette recherche de négligence que beaucoup croient être l’élégance suprême et qui en est juste le contre-sens.
Et sa tenue, sa moustache, son chapeau bas de forme, incliné sur l’oreille, lui donnaient l’air arrogant, prétentieux et casseur.
—Cristi!... que ce coco-là me déplaît, grommelait Chupin, tout en trottant à sa suite...
Car Chupin courait presque, tant l’autre, de plus en plus, pressait le pas.
Il est vrai que cette hâte de l’insulteur de Mme d’Argelès ne tarda pas à être expliquée. Il avait une lettre à faire porter, et craignait sans doute de ne plus trouver de commissionnaire. En ayant aperçu un, il l’appela, lui remit sa missive, et dès lors chemina tout doucement.
Il arrivait au boulevard quand un gros gaillard court et rougeaud, qui avait la tournure d’un palefrenier endimanché, vint à lui, les deux mains amicalement étendues, en criant assez haut pour faire retourner les passants:
—Eh! c’est ce cher Wilkie!...
—Mais oui... en personne naturelle, répondit le jeune homme.
—Ah ça!... d’où diable sortez-vous?... Dimanche dernier, aux courses, je vous ai cherché partout... pas plus de Wilkie que sur la main... Du reste, vous avez bien fait de ne point venir. J’en ai été, moi, pour trois cents louis... J’avais tout mis sur le cheval du marquis de Valorsay, Domingo, je me croyais sûr de mon affaire... oui, joliment!... Domingo est arrivé mauvais troisième... concevez-vous cela?... Si on ne savait pas Valorsay millionnaire, on croirait que c’est une tricherie, parole d’honneur!... qu’il pariait contre son cheval et qu’il avait défendu à son jockey d’arriver premier...