Cet aimable scandale paraissait contrarier M. de Coralth, et il se dissimulait de son mieux au fond de la loge, dans l’ombre.

Mais le jeune M. Wilkie était visiblement ravi et manifestement fier de l’attention que forcément le public accordait à sa loge. Il s’offrait le plus possible aux regards, il se penchait en avant, il se montrait, s’étalait, faisait la roue...

—Tout de même, pensait Chupin, il y en a qui sont trop bêtes, ce n’est pas juste... Il faut que le bon Dieu ne leur ait pas donné leur poids d’esprit...

Moins que jamais, en ce moment, il pardonnait à M. Wilkie l’ignoble insulte qu’il avait jetée à la face de Mme Lia d’Argelès... sa mère, vraisemblablement.

Pour ce qui est de la pièce qu’on jouait, il n’en entendit pas vingt mots. Il était à ce point accablé de fatigue qu’il ne tarda pas à s’endormir. Le bruit de chaque entr’acte le tirait quelque peu de son assoupissement, mais il ne s’éveilla complétement qu’à la fin...

Ses «pratiques» étaient encore dans leur loge, et même M. Wilkie, debout, tendait galamment aux dames leur manteau et leur châle...

—On va donc rentrer, se dit-il.

Point. Sous le péristyle, M. Wilkie et M. de Coralth furent rejoints par plusieurs jeunes gens, et tous ensemble ils allèrent s’installer dans un café voisin; les demoiselles à cheveux jaunes avaient suivi.

—Décidément, gronda Chupin, ils ont un grain de sel dans le gosier, ces particuliers-là!... Je vous demande un peu si c’est une vie!...

Lui-même, cependant, ayant mangé très-vite, avait grand soif... et après une longue délibération, le besoin parlant plus haut que l’économie, il s’assit à une table dehors, et demanda un bock où il trempa ses lèvres avec un soupir d’avare...