Dès lors, c’était une partie perdue, s’obstiner devenait inutile.

C’était bien cela, et tout eût été dit, s’il ne fût advenu que Chupin connaissait l’inavouable passé du vicomte de Coralth.

Cette circonstance changeait tout, car elle lui permettait de peser sur les événements d’une façon décisive.

Armé du secret qu’il possédait, il pouvait, en intervenant à propos, donner la victoire à M. Fortunat et forcer M. de Coralth à capituler.

Oui, il le pouvait d’autant mieux que Coralth, il en était sûr, ne l’avait pas reconnu, et ignorait peut-être jusqu’à son existence. Il s’était laissé emporter par un mouvement de colère qu’il regrettait, il s’était attribué ironiquement l’histoire de son ennemi, mais cela ne tirait pas à conséquence.

Donc, rien ne l’arrêtait; et il se trouvait qu’en prêtant son concours à M. Fortunat, il ferait d’une pierre deux coups.

Il se vengerait de Coralth, et il assurerait au dénicheur d’héritages, son patron, un bénéfice dont certainement il lui reviendrait quelque chose.

Et cependant, non! L’idée de tirer de cette affaire un profit quelconque lui inspira un invincible sentiment de dégoût, sublime victoire de l’honneur dans une âme si naturellement cupide.

Il lui parut que l’argent provenant d’une pareille entreprise lui salirait les doigts; car il devait y avoir quelque vilenie sous ces manœuvres, quelque grosse perfidie, il n’en doutait plus maintenant que Coralth s’y trouvait mêlé.

—Je servirai le patron pour rien, décida-t-il... Quand on est vengé on est payé!