—Que je sois pendu, pensa-t-il, si jamais je fais quelque chose que je ne puisse pas lui avouer, à cette pauvre bonne femme!...

Mais il n’avait pas le temps de s’abandonner à son attendrissement.

Il était trop engagé, pensait-il, pour reculer, et il importait qu’il rendît compte, le plus tôt possible, de ses démarches... Puis, sa haine contre le vicomte de Coralth l’aiguillonnait...

Il se dépêcha donc de manger un morceau, car il était exténué de besoin, et il ressortit, en promettant bien de rentrer dîner.

S’il se hâtait tant, c’est que c’était dimanche, c’est que M. Fortunat passait presque tous ses dimanches à la campagne, et qu’il craignait de ne pas le rencontrer.

Et tout en courant vers la place de la Bourse, il arrangeait dans sa tête l’histoire qu’il raconterait, pénétré de cette maxime populaire que «toute vérité n’est pas toujours bonne à dire.»

Devait-il rapporter la scène du restaurant, nommer Coralth, dire qu’il n’y avait plus rien à apprendre à M. Wilkie?... Après mûres réflexions, il décida que non; cela pouvait décider M. Fortunat à renoncer à l’affaire. Mieux valait le laisser courir à une déconvenue, lui tout révéler ensuite, et profiter de sa colère pour en faire un instrument de vengeance...

Ce dimanche-là, justement, M. Fortunat avait arrêté qu’il n’irait pas à la campagne.

Il avait dormi la grasse matinée, et il était encore en robe de chambre lorsque Chupin parut... Il eut un cri de joie à sa vue, devinant bien que s’il lui arrivait sitôt, c’est qu’il apportait d’heureuses nouvelles.

—Vous avez réussi?... lui cria-t-il.