Il était plus jeune que sa femme, grand, large, véritablement athlétique. Ses traits ne manquaient pas de régularité, mais l’alcool, la ribote, toutes sortes d’ignobles excès les avaient ravagés, et sa physionomie n’exprimait plus rien qu’un abrutissement farouche.

—Qu’est-ce que vous me chantez donc, vous... dit-il d’une voix rauque à M. Fortunat. Est-ce pour vous moquer des gens que vous venez leur demander de l’argent un 15 octobre, jour de terme?... Où avez-vous vu qu’il reste de l’argent quand le propriétaire a passé avec son sac?... Qu’est-ce que ce billet, d’ailleurs?... Donnez-le moi, que je l’examine.

M. Fortunat ne commit pas cette imprudence. Il présenta simplement le billet d’un peu loin, et ensuite le lut. Lorsqu’il eut terminé:

—Ce billet est échu depuis dix-huit mois, déclara froidement Vantrasson, il ne vaut plus rien...

—Erreur!... un billet à ordre est valable cinq ans à compter du jour du protêt.

—C’est possible. Mais comme Barutin a fait faillite, comme il a filé et qu’on ne sait plus où il est, je suis quitte...

—Autre erreur! Vous devez ces 583 francs à celui qui a acheté votre billet à la vente de Barutin et qui a donné à mon patron l’ordre de poursuivre...

Le sang commençait à monter aux oreilles de Vantrasson.

—Et après!... Croyez-vous donc qu’on ne m’a jamais poursuivi!... Où il n’y a rien le roi perd ses droits, et moi je n’ai rien... Les meubles du garni que je tiens sont au revendeur et tout ce qui est dans ma boutique ne vaut pas cent écus... Quand votre patron verra que je ne vaux pas les frais, il me laissera tranquille... On ne peut rien contre un homme comme moi.

—Vous croyez cela?