—J’en suis sûr.
—Malheureusement vous vous trompez encore, parce que celui qui a votre billet ne tient pas à rentrer dans son argent; il en mettra du sien au contraire, pour vous faire de la peine...
Et là-dessus, M. Fortunat se mit à tracer l’épouvantable tableau d’un pauvre débiteur poursuivi par un créancier riche, qui le traque, qui le harcèle, qui le poursuit partout, qui le fait saisir dès qu’il a seulement un vêtement de rechange...
Vantrasson roulait des yeux terribles et brandissait ses redoutables poings, mais sa femme était visiblement très-effrayée.
Bientôt elle n’y tint plus, et se levant brusquement, elle entraîna son mari vers le fond de la boutique, en lui disant:
—Viens, il faut que je te parle.
Il la suivit, et ils restèrent deux ou trois minutes à délibérer tout bas, avec force gestes. Quand ils revinrent, ce fut la femme qui porta la parole.
—Hélas! monsieur... dit-elle à M. Fortunat, nous sommes sans argent en ce moment, les affaires vont mal, si on nous poursuit, nous sommes perdus... Comment faire?... Vous avez l’air d’un bon homme, donnez-nous un conseil.
M. Fortunat se tut, paraissant réfléchir, puis tout à coup:
—Ma foi!... s’écria-t-il, tant pis!... Il faut s’entr’aider entre malheureux, et je vais vous dire la vérité vraie. Mon patron, qui n’est pas un méchant, n’a pas envie de se mêler d’une vengeance... C’est pourquoi il m’a dit: «Voyez ces Vantrasson, et s’ils vous font l’effet de braves gens, proposez-leur un arrangement... S’ils l’acceptent, il faudra bien que leur créancier s’en contente.»