Il lui semblait ouïr Mme de Fondège dire à son mari d’un air avisé:

—Tu n’es qu’on maladroit!... Ta précipitation et ta brusquerie l’ont effarouchée, cette enfant... Heureusement, je suis là... Laisse-moi faire, et je te prouverai que les femmes sont autrement habiles que vous autres, messieurs.

Et là-dessus elle avait pris la plume, et au jugement de Mlle Marguerite la rédaction trahissait la collaboration des deux époux.

Ainsi, elle eût juré que c’était le mari qui avait inspiré ou même dicté cette phrase:

«Le général croirait offenser et trahir la mémoire de l’homme dont il fut trente ans l’ami le plus cher...»

C’étaient bien là les façons de dire de ce grotesque, dont la grosse préoccupation était de rendre ce qu’il appelait la loyauté simple et la rude franchise du vieux soldat. Cette phrase, au contraire: «Je saurai bien vous décider à vous laisser aimer,» était de la femme évidemment.

Enfin, un passage de la lettre trahissait sans doute possible la recherche de l’attendrissement, même aux dépens de la vérité, la comédie, en un mot.

Les convoitises et l’ambition du succès avaient entraîné Mme de Fondège un peu trop loin.

«Vous remplacerez ma fille tant aimée et tant pleurée,» écrivait-elle à Mlle Marguerite. Or, elle avait eu une fille, en effet, la chère dame, mais elle lui avait été enlevée par le croup à l’âge de six mois, et il y avait de cela plus de vingt-cinq ans!...

Ce qui était singulier aussi, c’était l’envoi de cette lettre à dix heures du soir. Mais en y réfléchissant, Mlle Marguerite s’expliquait cette circonstance.