—Avant d’agir, pensait-elle, M. et Mme de Fondège ont tenu à consulter leur fils, et ils n’ont pu le voir que très-tard... Le brillant hussard ayant approuvé l’honnête combinaison de ses parents, on m’a aussitôt dépêché un domestique...

Toutes ces hypothèses, assurément, étaient fort admissibles; seulement, il était très-difficile de les accorder avec l’opinion émise par le vieux juge de paix, que M. de Fondège devait savoir où avaient passé les millions disparus.

Mais Mlle Marguerite n’en était pas à compter les contradictions de son esprit depuis vingt-quatre heures.

Elle perdait d’ailleurs son sang-froid, à l’idée de ces odieux soupçons de détournement qui planaient sur elle, et qu’il lui semblait avoir lu dans les yeux de tous ceux qui l’avaient approchée, depuis le docteur Jodon jusqu’au marquis de Valorsay.

Le juge de paix, il est vrai, avait pris sa défense, il avait imposé silence aux domestiques, mais cela suffisait-il?...

En resterait-elle moins flétrie d’une abominable accusation!...

Et son innocence ne la rassurait pas. L’exemple de Pascal était là pour apprendre ce que peut l’innocence contre l’effort de la calomnie.

Devait-elle espérer se sauver, quand il avait péri, lui!...

Et cependant il avait été torturé par toutes les angoisses qui la déchiraient... Par ce qu’elle endurait, elle comprenait ce qu’il avait dû souffrir avant de fuir, avant de disparaître...

Où était-il maintenant, le malheureux?... Hors de France?... On le lui avait dit, mais elle ne pouvait le croire... Le connaissant comme elle le connaissait, il lui semblait impossible qu’il se fût résigné si vite, sans luttes, ni que tout fût fini... Un secret pressentiment lui disait qu’il ne s’était éloigné qu’en apparence, qu’il veillait et que M. Fortunat n’aurait pas beaucoup de chemin à faire pour arriver jusqu’à lui...