C’est dans la chambre de M. de Chalusse qu’elle réfléchissait ainsi, à deux pas du lit où gisait la dépouille mortelle de cet homme, son père, dont la faiblesse avait fait de sa vie un long martyre, dont l’imprévoyance brisait son avenir, et que cependant elle ne maudissait pas...
Elle se tenait debout devant une fenêtre, appuyant aux carreaux son front brûlant...
C’était l’heure précisément où Pascal, assis sur une borne, en face de l’hôtel, attendait. En ce moment même, il suivait des yeux l’ombre qui se dessinait dans le cadre éclairé de la fenêtre, et il se demandait si ce n’était pas l’ombre de Mlle Marguerite.
Si la nuit eût été claire, apercevant dans la rue cet homme immobile, peut-être eût-elle deviné Pascal... Mais comment eût-elle soupçonné sa présence, et qu’il accourait rue de Courcelles comme elle avait couru rue d’Ulm...
Il n’était pas loin de minuit, quand un léger mouvement dans la chambre, un bruit de pas étouffés, la firent se retourner...
C’était Mme Léon qui sortait, et moins d’une minute après on entendit claquer la grande porte vitrée qui donnait du vestibule dans le jardin...
Certes, il n’y avait rien là que de tout ordinaire et de très-naturel, et cependant Mlle Marguerite en conçut une vague appréhension.
Pourquoi?... Elle n’eût su le dire; mais il lui revenait à la mémoire toutes sortes de petites circonstances futiles qui tout à coup prenaient une signification inquiétante.
Ainsi, elle avait remarqué que toute la soirée Mme Léon avait été inquiète, agitée et comme sur les épines. Elle qui ne se remuait guère, qui restait des heures engourdie sur un fauteuil, elle avait monté et descendu l’escalier au moins dix fois. A tout moment elle consultait la pendule ou sa montre.
Enfin, à deux reprises, le concierge était venu la prévenir que quelqu’un la demandait...