Assurément cette comédie répugnait à la loyauté naturelle de son caractère, mais sa raison le lui disait: On ne combat utilement les scélérats qu’avec leurs propres armes, et elle avait à défendre son honneur, sa vie, son avenir...

Et ce plan de conduite qu’elle se traçait, elle était femme à le suivre strictement, patiemment, sans que rien pût l’en distraire ni l’en détourner. Son énergie était de celles que le temps fortifie, loin de les détremper. Elle était capable de s’éveiller chaque matin, durant des années, avec la même volonté que la veille.

Un soupçon, d’ailleurs, étrange et mal défini, s’était emparé de son esprit, et devait suffire à dissiper ses scrupules et à dompter ses défaillances.

Cette nuit-là, pour la première fois, elle crut découvrir une mystérieuse relation entre le malheur de Pascal et le sien.

Était-ce bien le hasard seul qui les frappait ainsi tous deux en même temps et de la même façon?...

Par la seule intensité de ses réflexions, elle découvrit pour ainsi dire, au fond de son intelligence, cette maxime fatale, qui a causé tant d’erreurs judiciaires: «Cherche à qui le crime profite et tu trouveras le coupable.»

Or, à qui eût profité le crime abominable qui avait déshonoré Pascal, sans la mort inattendue de M. de Chalusse, sans la fermeté de Mlle Marguerite?... Au marquis de Valorsay, évidemment, à qui la fuite de Pascal eût laissé le champ libre...

Toutes ces pensées étaient bien faites pour écarter le sommeil des yeux de la pauvre fille, mais elle avait vingt ans, mais la journée lui avait apporté d’écrasantes émotions et c’était la seconde nuit qu’elle passait. La fatigue l’emporta, elle s’endormit.

Et au matin, vers les sept heures, Mme Léon fut obligée de la secouer pour la tirer de l’espèce de léthargie où elle était tombée.

—Mademoiselle, disait la femme de charge de sa voix mielleuse, chère demoiselle, éveillez-vous bien vite!