Mlle Marguerite ne pouvait discerner cela.

Seulement elle comprit ce qu’eût compris un enfant, à savoir que deux personnes avaient stationné là, assez longtemps...

Pauvre jeune fille!... Quelques heures plus tôt elle n’avait pas aperçu Pascal assis devant l’hôtel de Chalusse. Nul pressentiment ne lui dit que les pas qu’elle voyait là étaient ceux de Pascal.

Dans sa pensée, l’homme qui était venu causer à cette porte avec Mme Léon ne pouvait être que M. de Fondège, ou le marquis de Valorsay... c’est-à-dire que Mme Léon était chargée de l’espionner et rendait compte de ses moindres paroles...

Son premier mouvement fut tout de colère, et elle se dit qu’elle allait confondre et chasser cette misérable hypocrite.

Mais pendant le temps qu’il lui fallut pour regagner la chambre de M. de Chalusse, une inspiration lui vint, que n’eût pas désavouée un diplomate retors.

Elle se dit que Mme Léon démasquée n’était plus à craindre. Dès lors, pourquoi s’en séparer!... L’espion qu’on connaît peut, sans s’en douter, devenir un utile auxiliaire.

—Pourquoi ne me servirais-je pas de cette malheureuse? pensait Mlle Marguerite. Ce que je ne voudrais pas qu’on sût, je le lui cacherais, et avec un peu d’adresse je lui ferais rapporter à ceux qui l’emploient tout ce que je jugerais utile à mes desseins. En la surveillant, je saurais vite ce qu’on veut de moi... Et qui sait si par elle je n’aurais pas l’explication de cette fatalité qui me poursuit.

Quand Mlle Marguerite revint prendre sa place près du lit du comte de Chalusse, sa résolution était froidement et irrévocablement fixée.

Non-seulement elle ne se séparerait pas de Mme Léon, mais encore elle lui témoignerait, en apparence, plus de confiance que jamais.