Il tombait sous le sens que Mme Léon s’était doutée que le marquis serait parmi les gens arrivés des premiers pour le convoi de M. de Chalusse, qu’elle l’avait fait demander et qu’elle l’avertissait de la présence de Mme de Fondège.
Toutes ces circonstances étaient bien peu de chose. Mais ce sont les riens qui, le plus souvent, décident de la vie... Ces riens, d’ailleurs, étaient pour Mlle Marguerite autant de lueurs dans les ténèbres, autant de bouts du fil qui pouvait la conduire à la vérité.
Ils lui prouvaient que les intérêts de M. de Fondège et de M. de Valorsay étaient opposés, qu’ils devaient s’exécrer, par conséquent, et qu’avec un peu de patience on pourrait utiliser chacun d’eux contre l’autre...
Ils lui affirmaient aussi que c’était pour le compte de M. de Valorsay que Mme Léon l’espionnait, et que, par suite, il devait connaître depuis assez longtemps l’existence de Pascal Férailleur...
Mais elle n’avait pas le temps de tirer les dernières conséquences de ce qu’elle venait de découvrir... Son absence pouvait éveiller les soupçons de Mme de Fondège et de son mari, et son succès dépendait du plus ou moins d’adresse qu’elle mettrait à paraître dupe...
Elle se hâta donc de rentrer, s’excusant de son mieux... Seulement elle mentait mal, elle ne savait pas, et son embarras l’eût peut-être trahie, si le général, heureusement, ne l’eût interrompue.
—J’ai moi-même à m’excuser de vous quitter, ma chère enfant, dit-il... Mme de Fondège va rester près de vous... Moi, j’ai à remplir un devoir sacré... On m’attend pour la cérémonie, et sans doute on s’impatiente... C’est la première fois de ma vie que je suis inexact...
Le général avait grandement raison de se hâter de descendre...
Cent cinquante personnes, au moins, venues pour le convoi de M. de Chalusse étaient rassemblées dans les vastes salons de l’hôtel, et commençaient à trouver étrange et choquant qu’on les fît attendre ainsi.
Et pourtant, la curiosité tempérait un peu l’impatience.