Il avait transpiré quelque chose des mystérieuses circonstances de la mort du comte, et les gens bien informés racontaient qu’une somme fabuleuse avait été enlevée par une toute jeune fille, Mlle Marguerite. Il est vrai qu’ils ne lui faisaient pas un crime de ce détournement qui révélait une femme positive et forte, et beaucoup, des plus fiers, eussent pris volontiers la place de Valorsay, lequel, à ce qu’on assurait, allait épouser la jolie voleuse et ses millions...

Le plus désolé du retard était encore M. le commissaire ordonnateur des pompes funèbres...

Vêtu de son uniforme de première classe, le bas de soie bien tiré sur son maigre tibia, le manteau vénitien à l’épaule, le claque sous le bras, cherchant partout la famille, MM. les parents, un ami, quelqu’un enfin à qui jeter la phrase sacramentelle qui décide le départ: «Quand il vous fera plaisir!...»

Il parlait de donner le signal, quand M. de Fondège parut... Les amis de M. de Chalusse qui devaient tenir les cordons du poêle, s’avancèrent... Le char funèbre s’ébranla... il y eut une minute de confusion, et enfin le cortége se mit en marche.

Un grand silence se fit, qui donna quelque chose de lugubre au bruit sourd de la porte de l’hôtel se refermant lourdement.

—Allons!... gémit Mme de Fondège, tout est consommé...

Mlle Marguerite ne répondit que par un geste désolé... Articuler une syllabe lui eût été impossible... les larmes l’étouffaient.

Que n’eût-elle pas donné en ce moment pour être seule, pour s’abandonner sans contrainte à de poignantes émotions.

Hélas!... la prudence la condamnait à une sorte de comédie sinistre.

Le soin de son honneur et le souci de l’avenir lui faisaient une loi de subir d’un visage impénétrable les consolations menteuses d’une femme qu’elle savait sa plus dangereuse ennemie.