Et rien ne semble impossible en ce premier moment, où des flots de haine montent au cerveau en même temps que l’écume de la rage monte aux lèvres, nul obstacle ne semble insurmontable, ou plutôt on n’en aperçoit aucun.

C’est plus tard, quand les facultés ont repris leur équilibre, qu’on mesure l’abîme qui sépare la réalité du rêve, le projet de l’exécution.

Et quand il faut se mettre à l’œuvre, à beaucoup le découragement arrive. La fièvre est passée, on se résigne... On maudit, mais on n’agit pas... On s’engourdit dans son opprobre immérité... On s’abandonne, ou désespère... on se dit: à quoi bon!

Et l’impunité des coquins est une fois de plus assurée.

Un abattement pareil attendait Pascal Férailleur, le matin où, pour la première fois, il s’éveilla dans ce pauvre appartement de la route de la Révolte où il était venu se cacher sous le nom de Mauméjan...

Pour longtemps encore ce devait lui être un moment affreux que celui où, chaque matin, en se réveillant, il rapprenait pour ainsi dire son désastre...

Accoudé sur son oreiller, pâle, la sueur au front, il examinait les côtés politiques et pratiques de sa tâche, et des difficultés se dressaient devant lui, qui lui paraissaient plus difficiles à écarter que des montagnes.

Une effroyable calomnie l’avait terrassé... il pouvait tuer le lâche calomniateur, mais après!... Comment atteindre et étouffer la calomnie elle-même!...

—Autant vaudrait, pensait-il, essayer de serrer dans sa main une poignée d’eau, autant vaudrait essayer d’arrêter, en étendant les bras, le vent empesté qui apporte une épidémie...

C’est qu’aussi l’espérance sublime qui l’avait un moment enflammé, s’était éteinte.