—Eh mon Dieu!... fit-elle, confonds la calomnie, je ne demande pas mieux, mais n’oublie pas que nous avons nous-mêmes à nous réhabiliter... Travaille à écraser tes ennemis, cela sera plus profitable à Mlle Marguerite que de vaines menaces et de stériles gémissements... Tu avais juré, ce me semble, de ne plus te plaindre, mais d’agir...

C’en était trop, et le fouet de cette ironie devait imprimer au cerveau de Pascal la secousse dont il avait besoin. Chancelant, il fut remis sur pied, d’aplomb.

Et c’est froidement qu’il dit:

—C’est juste... Je te remercie de m’avoir rappelé à moi-même, ma mère!...

Elle ne dit mot, mais du fond de son âme, remercia Dieu.

Mère incomparable, elle avait su lire dans le cœur de son fils, et apercevant ses hésitations et ses défaillances, elle avait été épouvantée... Maintenant elle le voyait tel qu’elle le souhaitait...

Et, en effet, il en était déjà à se reprocher son découragement et à s’indigner de sa facilité à se laisser émouvoir. Et, pour première épreuve, il s’imposait de ne pas interroger la Vantrasson avant quatre ou cinq jours... Si elle avait eu quelques soupçons, ce temps devait suffire à les dissiper.

Il parla peu pendant le déjeuner, mais c’est qu’il brûlait de commencer la lutte, il voulait agir et il se demandait comment entrer en campagne.

Avant tout, c’était indiqué, il devait étudier la position de l’ennemi, reconnaître les gens à qui il allait avoir affaire, savoir au juste ce qu’étaient le marquis de Valorsay et le vicomte de Coralth.

Où et par quels moyens obtenir des renseignements exacts et minutieux sur le passé de ces deux hommes? Serait-il donc obligé de les épier à tout hasard et à dérober de ci et de là quelques informations au moins douteuses?... Cette façon de procéder entraînerait bien des inconvénients et bien des lenteurs.