Il se torturait l’esprit, quand tout à coup lui revint en mémoire ce joueur étrange de la soirée de Mme d’Argelès, ce gros homme essoufflé qui, le lendemain du guet-apens, était venu le trouver rue d’Ulm et lui avait signé un certificat d’honorabilité... Il se souvint qu’en le quittant, ce singulier personnage lui avait dit: «S’il vous faut jamais un coup d’épaule, venez sonner à ma porte...»

—Je vais me rendre chez le baron Trigault, dit-il à sa mère, si tes pressentiments d’hier ne te trompent pas, il nous aidera...

Moins d’une demi-heure plus tard, il se mettait en route...

Il avait revêtu ses plus vieux habits, et avait réussi à se donner cette indéfinissable tournure des gens sans position précise et qui passent leur vie à solliciter. Cet artifice de toilette et le soin qu’il avait pris de faire couper sa barbe et ses cheveux le changeaient si bien qu’il fallait le regarder plusieurs fois et attentivement avant de le reconnaître.

On ne l’eût pas reconnu non plus aux cartes de visite qu’il avait en poche, cartes écrites à la main, par lui, avant de sortir, et où on lisait:

P. Mauméjan,
Homme d’Affaires.

Route de la Révolte.

L’expérience de la vie de Paris lui avait fait choisir la profession qu’exerçait si honorablement M. Fortunat, qui n’en est pas une, à vrai dire, et qui pourtant ouvre presque toutes les portes.

—Je vais entrer dans le premier café venu, se disait-il, j’y demanderai un Bottin, et j’y trouverai certainement l’adresse du baron Trigault...

Le baron demeurait rue de la Ville-l’Évêque.