Ayant dit, il se laissa retomber sur le divan et sanglota. Était-ce bien là ce trivial et jovial baron Trigault, que Pascal avait vu chez Mme d’Argelès... l’homme à la mine prospère, à l’aplomb superbe, au verbe haut, à la plaisanterie cynique, le coureur de tripots, l’ami de toutes les femmes faciles!...

Hélas, oui!... Mais le baron que connaissait le monde n’était qu’un comédien, et celui-ci était le véritable...

Au bout de cinq ou six minutes, cependant, il réussit à se maîtriser, et d’un ton relativement calme:

—Mais c’est trop s’occuper d’un mal incurable, fit-il... Parlons de vous, M. Férailleur. A quoi dois-je l’honneur de votre visite?

—A vos offres de l’autre jour, monsieur, à l’espoir que j’ai que vous m’aiderez à confondre la calomnie et à me venger de ceux qui m’ont perdu...

—Oh!... oui, je vous aiderai, s’écria le baron, et de tout mon pouvoir.

Mais l’expérience venait de lui rappeler le danger de parler les portes ouvertes, il se leva, ferma celles du fumoir, et revenant à Pascal:

—Expliquez-vous, monsieur, fit-il; en quoi puis-je vous être utile?

Ce n’est pas sans certaines appréhensions que Pascal s’était présenté chez le baron Trigault; mais, après ce qu’il avait entendu, il ne devait plus hésiter, ni craindre, il pouvait parler en toute sécurité.

—Je ne vous apprendrai rien, monsieur le baron, commença-t-il, en vous disant que M. de Coralth avait glissé dans le jeu les cartes préparées qui m’ont fait gagner... cela est de toute évidence... Quoi qu’il advienne, je me vengerai... Mais avant de le frapper, je veux atteindre l’homme dont il était le vil instrument.