—Eh!... le sais-je!... Le sûr, c’est qu’on l’a crié partout et qu’on l’a même imprimé, mais avec des formes si discrètes qu’il n’y avait pas moyen d’en demander raison. C’eût été se reconnaître. On est allé jusqu’à dire que cette supercherie me rapportait une somme énorme, et que, pour parier, j’avais employé comme prête-noms Rochecotte, Kervaulieu, Coralth et deux encore...

Le baron eut un soubresaut si violent que M. de Valorsay le remarqua, mais il n’en comprit pas la cause.

Vivant dans le monde de la baronne Trigault et connaissant ses histoires, il pensa que le nom de Coralth avait irrité le baron, et il s’en voulut de l’avoir prononcé.

—Ainsi, continua-t-il vivement, ne soyez pas surpris si la semaine prochaine vous voyez annoncer la vente de mon écurie de courses...

—Quoi!... vous allez vous défaire...

—De tous mes chevaux, oui, baron... J’en ai dix-neuf, ce sera bien le diable si je n’en tire pas huit ou dix mille louis!... Domingo seul vaut plus de quarante mille francs...

Parler de vendre, de se défaire de quelque chose qu’on possède, parler de l’argent qu’on espère réaliser... voilà qui sonne mal aux oreilles! Qui dit vente, dit besoin d’argent, c’est-à-dire insuffisance du revenu, c’est-à-dire ruine prochaine... Le baron eut mille peines à retenir certain claquement de langue qui lui était habituel quand on lui offrait, au jeu, quelque valeur douteuse.

—Tant que les chevaux de courses n’ont été qu’un luxe de grand seigneur, poursuivait le marquis, je me le suis passé... Du moment où ils deviennent une simple spéculation, un peu moins hasardeuse que celles de la Bourse, je me retire... Une écurie de courses, maintenant, se monte par actions, comme une raffinerie... je n’en suis plus. Un particulier ne lutte pas contre une société... il lui faudrait une fortune comme la vôtre, baron... et encore!...

Était-ce bien M. de Valorsay qui parlait ainsi, de l’air le plus sérieux!... Le baron en était un peu plus que surpris.

—Cela vous fera toujours une économie de cinquante, ou soixante mille francs par an, observa-t-il.