—Dites du double, et vous serez encore au-dessous de la vérité... Eh!... cher baron, en seriez-vous encore à apprendre qu’il n’y a rien de si ruineux qu’une écurie!... C’est pis que le jeu, et les femmes, en comparaison, sont une économie réelle... Ninette me coûte moins cher que Domingo, son cocher, son entraîneur et ses palefreniers. Mon homme d’affaires prétend que les vingt-trois mille francs de prix que j’ai gagnés en 1867 me reviennent à près de cent mille écus.

Se vantait-il, disait-il vrai?... Toujours est-il que le baron, qui connaissait bien sa vie, se livrait à un rapide calcul mental.

—Que dépense donc Valorsay bon an mal an, comptait-il. Mettons pour son écurie, 250,000 francs...; pour Ninette Simplon, 40,000 francs; pour son train de maison, 80,000 francs...; pour les déplacements et le jeu, 30,000 francs...; pour les cigares, les fantaisies et l’imprévu, 30,000 francs... Tout cela, à vue de nez, fait quelque chose comme 430,000 francs par an!... Les avait-il?... Non. Il aurait donc mangé au sac... il serait donc ruiné!... Diable!...

Le marquis, lui, poursuivait gaiement:

—Vous le voyez, je me range!... Hein!... cela vous surprend?... Et moi, donc!... Mais il faut faire une fin, n’est-ce pas?... Je commence à trouver que la vie de garçon n’est pas drôle: il y a des rhumatismes à l’horizon, j’ai l’estomac délabré... bref, je me sens mûr pour le mariage, baron, et... je me marie.

—Vous!...

—Moi-même... Comment!... vous ne l’aviez pas entendu dire? Il y a trois jours que je l’ai annoncé officiellement en plein cercle.

—J’ignorais!... Il est vrai que depuis trois jours je n’ai pas mis les pieds au cercle. J’ai lié une partie avec Kami-Bey, vous savez, ce Turc si riche, et comme nous faisons des séances de huit et dix heures, nous jouons chez lui, au grand hôtel, c’est plus commode!...

—Comme cela, je comprends...

N’importe!... le baron avait l’air d’un homme qui tombe des nues.