—Voilà, baron, comment et pourquoi ma bien-aimée Marguerite, la future marquise de Valorsay, n’a pas mille francs de dot...
Ce fut un regard d’angoisse, que le baron jeta vers la porte du fumoir... Il l’avait entendue remuer... Il frémit à l’idée de Pascal, fou de colère et de jalousie, entrant et se précipitant sur le marquis...
Cette situation excessive et périlleuse ne pouvait durer, il le comprit. Lui-même d’ailleurs était à bout de forces et de dissimulation...
Aussi, remettant à un autre moment toutes les questions qu’il avait encore à adresser à M. de Valorsay, se décida-t-il à interrompre brusquement ses confidences.
—Parole d’honneur!... fit-il avec un rire forcé, je m’attendais à mieux... Cela débute comme un roman d’amour et finit platement comme une histoire réelle... par de l’argent! Ah! elles vont bien, les femmes mariées!... Elles vous plument un amoureux et le mettent dans le cas de se brûler la cervelle aussi vivement que la première coquine venue!...
En sa qualité d’archimillionnaire et de gros joueur, le baron Trigault jouissait de toutes sortes d’immunités et de priviléges.
Il était de ces gens adroits qui font profession d’être brutaux en diable, mal élevés, cyniques et effrontés, qui déclarent que ce n’est pas leur faute, qu’il faut les prendre comme ça, et que le monde bêtement accepte «comme ça.»
Cependant sa brusquerie avait eu quelque chose de si offensant qu’en toute autre circonstance le marquis s’en fût formalisé.
Mais il avait toutes sortes de raisons de filer doux; il prit le parti de rire.
—Toujours le même, donc, baron, fit-il. Vous n’avez pas touché une carte de la matinée et les mains vous démangent... Excusez-moi de vous faire gaspiller votre temps, comme vous dites, ce que vous venez d’entendre était une préface nécessaire...