—Ce n’était qu’une préface?...

—Oui, mais rassurez-vous, j’ai fini et j’arrive à l’objet de ma visite...

Il était connu que le baron Trigault jouissait d’au moins huit cent mille livres de rentes... C’est pourquoi, bon an, mal an, il recevait pour plus d’un million de demandes de secours ou de prêts... c’est pourquoi il n’avait pas de rival pour flairer un solliciteur.

—Dieu me pardonne!... pensa-t-il, Valorsay va me demander de l’argent.

Il est sûr que la brillante désinvolture du marquis voilait mal un certain embarras, et que sa langue remuait péniblement les mots.

—Donc, je me marie, disait-il, je romps avec la vie de garçon... je me range. C’est vous dire, mon cher baron, que je vais avoir à nettoyer ma situation... La corbeille, les deux fêtes que je me propose de donner, les restaurations de Valorsay, un voyage avec ma femme... tout cela va me coûter les yeux de la tête.

—Les yeux de la tête, c’est le mot.

—Eh bien!... contrairement à ce qui arrive à ceux qui épousent une dot, je crains de me trouver à court... Cela me tracassait un peu, quand j’ai pensé à vous... Je me suis dit: «le baron qui a toujours des fonds disponibles, me rendra le service de mettre cinq mille louis à ma disposition pour un an...»

Les yeux du baron ne quittaient pas le marquis.

—Sacrebleu!... fit-il d’un ton fâché... c’est que... je ne les ai pas...