Il eût agi de même sans cela, rien que pour avoir la satisfaction de crier:
—Accuser ce cher marquis! Ah! je la trouve mauvaise! Lui qui hier soir me disait encore: «Mon excellent bon, la défaite de Domingo me coûte deux mille louis!»
M. de Valorsay ne lui avait rien dit, par cette raison qu’à peine il le connaissait de vue; mais n’importe, cela «faisait bien,» estimait-il, de se déclarer son ami, et quand il disait: «Ce cher marquis,» il en avait plein la bouche.
Cependant, il avait beau s’agiter, on ne prenait pas garde à lui. Cela le dépitait; avisant «son jockey,» il lui fit un signe et l’entraîna hors de l’enceinte réservée.
C’était un grand mauvais drôle ce jockey, ivrogne et paresseux, chassé de toutes les écuries où il avait servi, qui se moquait outrageusement des jeunes messieurs qui l’avaient à leur service et qui les volait sans pudeur ni mesure.
Outre qu’il se faisait payer très-cher—huit mille francs par an,—sous prétexte qu’il lui répugnait d’être à la fois palefrenier, entraîneur et jockey, il présentait chaque mois des factures fabuleuses: du grainetier, du vétérinaire, du maréchal et du sellier.
De plus, il vendait régulièrement, pour en boire le prix, l’avoine de Pompier de Nanterre, lequel crevait de faim, le malheureux, à ce point de tenir à peine sur ses jambes.
La maigreur du cheval, le jockey la mettait sur le compte d’un entraînement habile, et les propriétaires le croyaient.
Il leur en faisait accroire bien d’autres; que Pompier de Nanterre gagnerait la course, par exemple, plaisanterie sinistre en ceci que sur la foi de cette fallacieuse promesse, ils mettaient leur argent sur la misérable rosse... et le perdaient.
Dans le fait, cet honnête jockey eût été le plus heureux des mortels s’il n’y eût jamais eu de courses... D’abord il jugeait, non sans raison, très-dangereux de franchir des obstacles avec un cheval comme le sien. Ensuite, rien ne l’excédait comme d’être obligé de se promener successivement avec ses trois patrons...