Mais une circonstance d’un grand poids plaidait pour le marquis: sa fortune, celle du moins qu’on lui supposait.

—Comment un homme si riche, observaient ses défenseurs, serait-il descendu jusqu’à voler!... car c’est prendre l’argent dans la poche du monde que de faire ce que vous dites, c’est pire que de tricher les cartes à la main!... C’est impossible!... Valorsay est au-dessus de ces misérables allégations!... C’est un parfait gentilhomme.

—Parfait... soit, répondaient les sceptiques. On en disait précisément autant de Croisenois, du duc de H... et du baron P..., lesquels ont été finalement convaincus de l’indigne supercherie dont nous accusons Valorsay.

—C’est une infâme calomnie... S’il eût eu l’idée de tricher, il eût été assez habile pour dérouter les soupçons... Il eût fait arriver Domingo bon second et non pas mauvais troisième!...

—S’il n’était pas coupable, il n’aurait pas peur, il ne retirerait pas aujourd’hui ses chevaux, il ne vendrait pas son écurie...

—S’il renonce aux courses, c’est qu’il se marie, ne le savez-vous pas!

—Eh! ce n’est pas une raison...

Qu’eût-ce donc été si on eût soupçonné la déconfiture jusqu’alors si habilement dissimulée de M. de Valorsay... Mais n’importe, calomnie ou non, c’était une première éclaboussure sur une renommée jusqu’alors intacte et brillante.

Comme tous les joueurs, les «turfistes» sont défiants et rancuniers... Nul n’est à l’abri de leurs soupçons quand ils perdent, de leur colère quand ils se croient dupes... Ils n’ont sans doute besoin que d’interroger leur conscience pour comprendre jusqu’où peut entraîner le jeu... Cette affaire de Domingo réunissait contre Valorsay tous les perdants... Elle armait contre lui un petit bataillon d’ennemis, impuissants pour le moment, mais prêts à prendre une éclatante revanche dès que l’occasion s’en présenterait.

Tout naturellement, M. Wilkie s’était rangé du parti de M. de Valorsay, dont il avait plusieurs fois entendu célébrer les mérites par son ami M. de Coralth.