Et l’instant décisif venu, on put le voir se hisser sur sa banquette en criant:

—Voilà! voilà!... Regardez!... Bravo, Pompier!... Cent louis pour Pompier!

Hélas! le pauvre Pompier de Nanterre tomba épuisé à moitié de la distance à parcourir.

Et le soir, M. Wilkie narrait sa défaite avec un luxe de termes techniques à faire frémir.

—Quel guignon! mes excellents bons... disait-il à ses amis. Pompier de Nanterre, un «steeple-chaser» incomparable, tomber «broken-down» après la banquette... Et battu par qui? Par Mustapha, un «outsider» sans «performance...» Le «ring» en était tout ému... moi, j’en suis comme une folle!

Cette défaite, cependant, ne l’affectait pas trop...

N’avait-il pas en perspective cet héritage dont lui avait parlé son ami le vicomte de Coralth! Il lui apparaissait à l’horizon, tel qu’un nuage gros d’or, près de crever sur lui. Et c’était le lendemain que M. de Coralth devait lui livrer le secret... Il n’avait plus que vingt-quatre heures à attendre!...

—Demain?... se répétait-il, avec un frémissement d’impatience et de joie, demain!...

Il s’endormit dans la pourpre, ce soir-là! Son imagination s’exaltait à cette pensée que tous ses rêves se matérialiseraient, qu’il lui serait donné d’étreindre son idéal devenu réalité... Et quel idéal, quels rêves!...

Il se voyait à la tête d’une écurie pour de bon, et non plus d’un tiers de cheval; l’argent ne manquerait jamais à ses caprices; il éclabousserait les passants et surtout ses «excellents bons» du haut d’une voiture superbe; le meilleur tailleur inventerait pour lui des «coupes» étourdissantes; à toutes les premières représentations, il s’étalerait dans une avant-scène avec les demoiselles les plus connues; Paris s’occuperait de lui; on parlerait de ses petites fêtes dans les journaux; il ferait tapage, esclandre, scandale; il serait chic, très-chic, épatant de chic!...