Tout cela, M. de Coralth le lui avait promis, sans dire son dernier mot, il est vrai, mais n’importe!... Devait-il donc douter de la parole de son ami?... Jamais!... Si le vicomte était son modèle, il était aussi son oracle.

Même, à la façon dont il en parlait, on eût juré qu’ils avaient été élevés ensemble, ou que du moins ils se connaissaient depuis des années.

Il n’en était rien, cependant. Leurs relations dataient de sept ou huit mois au plus, et le hasard, en apparence, les avait nouées. Ce hasard, il faut le dire, M. de Coralth l’avait préparé.

Ayant flairé le secret des promenades de Mme Lia d’Argelès, rue du Helder, le vicomte voulut vérifier ses soupçons. Il épia M. Wilkie, sut où il passait ses soirées, s’y trouva et fut assez adroit pour lui rendre, dès la troisième rencontre, un service d’argent.

De ce moment, la conquête fut faite. M. de Coralth avait vraiment tout ce qu’il fallait pour éblouir et charmer le spirituel commanditaire de Pompier de Nanterre. Il avait son titre, d’abord, puis ses façons impertinentes, le plus impudent aplomb, tous les dehors d’une fortune considérable, et enfin le prestige de nombreuses et grandes relations.

Il ne tarda pas à reconnaître ses avantages et à en profiter.

Et tout en maintenant M. Wilkie à distance, il lui eut promptement tiré assez de confidences pour savoir sa vie mieux qu’il ne la savait lui-même.

A la vérité, M. Wilkie ne connaissait pas grand chose de son origine ni de son passé, et son histoire était vite contée:

Sa plus lointaine impression était celle de la pleine mer... Il était positivement sûr d’avoir fait, étant tout enfant, une longue, une très-longue traversée...

Il se supposait né en Amérique, et le nom qu’il portait justifiait ses suppositions. Certainement la langue française n’était pas celle qu’il avait bégayée la première, car au fond de sa mémoire il retrouvait encore un certain nombre d’expressions anglaises. Le mot que traduit celui de père, entre autres, lui était resté familier, et après vingt ans il le prononçait avec l’intonation exacte.