Ce nom, on le lui avait appris, évidemment, mais nulle souvenance ne lui restait de l’homme à qui il le donnait.

Ses premières sensations bien nettes étaient celles de la faim, de la fatigue et du froid.

Il se rappelait, et cela très-distinctement, que durant toute une interminable nuit d’hiver, une femme l’avait traîné à travers les rues de Paris, sous une pluie glaciale.

Il lui semblait se revoir encore, les pieds demi-nus dans la boue, pleurant de lassitude et demandant à manger... Et alors l’infortunée qui lui donnait la main le prenait entre ses bras et le portait, jusqu’à ce que, n’en pouvant plus, elle fût forcée de le poser de nouveau à terre.

Une image confuse de cette femme, sa mère vraisemblablement, était restée dans sa mémoire.

Elle était, selon son expression, crânement belle, assez grande et très-blonde... Il avait été surtout frappé de sa pâleur et de la profusion de ses beaux cheveux.

Tout autre que lui, abandonné comme il l’était, eût conservé de cet épisode de son enfance une émotion douloureuse. Lui, qui était un esprit fort, en riait.

—Quelle «dèche,» mes chers bons!... disait-il quand il lui arrivait de raconter cette aventure, quelle «dèche!»

Cette misère cependant n’avait pas duré. Il se souvenait d’avoir été, peu après, installé dans un très-bel appartement. Un homme, assez jeune encore, qu’on appelait M. Jacques,—il avait retenu ce nom,—venait tous les jours et lui apportait des friandises et des jouets.

D’après son estimation, il pouvait avoir quatre ans à cette époque.