Le jeune Wilkie se récria beaucoup et se lamenta. M. Patterson, qui était payé pour remplir un certain mandat, ainsi qu’il le dit, ne l’en conduisit pas moins à Louis-le-Grand, où il fut admis pensionnaire.

Là, pendant des années, il s’ennuya prodigieusement. Ne faisant rien, doué d’une intelligence médiocre, il n’apprit rien.

Tous les dimanches et les jours de fête, à dix heures précises, M. Patterson venait le prendre, le promenait gravement dans Paris ou aux environs, le faisait déjeuner et dîner dans les meilleurs restaurants, lui achetait tout ce dont il avait envie et, à neuf heures sonnant, le reconduisait au lycée.

Pendant les vacances, M. Patterson gardait le lycéen près de lui, ne lui refusant aucune distraction, prévenant ses désirs, mais ne le perdant pas de vue une minute.

Et si Wilkie se révoltait de cette incessante surveillance, M. Patterson avait une façon de répondre:—«J’ai un mandat à remplir,» qui coupait court à toute espèce de discussion.

Ainsi les choses marchèrent, jusqu’au jour où M. Wilkie eut achevé sa philosophie. L’épreuve du baccalauréat lui restait à subir.

Il se présenta à l’examen, et comme de juste fut refusé.

Par bonheur M. Patterson était un homme d’expédients.

Il plaça son élève dans un établissement spécial, et moyennant cinq billets de mille francs, dénicha un pauvre diable qui consentit à risquer trois ans de prison et qui passa l’examen sous le nom et à la place de M. Wilkie.

Maître à ce prix du précieux diplôme qui ouvre toutes les carrières, M. Wilkie espérait qu’on allait garnir amplement ses poches et lui donner la volée... Erreur! M. Patterson le remit aux mains d’un vieux précepteur chargé de lui faire visiter l’Europe et de l’initier à la pratique de la vie et des hommes.