Ce précepteur avait la bourse, force lui fut de le suivre en Allemagne, en Angleterre et en Italie.
Quand il revint à Paris, il avait vingt ans.
Dès le lendemain, M. Patterson le conduisit rue du Helder, à l’appartement qu’il occupait encore, et de son air le plus solennel:
—Vous êtes ici chez vous, M. Wilkie prononça-t-il... Vous êtes en âge de mesurer vos actions, j’espère donc que vous vous conduirez en honnête homme... De ce moment, vous êtes libre... On souhaite que vous fassiez votre droit; à votre place, j’obéirais... Si vous voulez être quelque chose et avoir toujours du pain, travaillez, car vous n’avez rien, je vous en avertis, à attendre de personne... La pension, trop considérable, à mon avis, qu’on vous alloue, peut, je ne vous le cache pas, être supprimée du jour au lendemain... Jusque-là, j’ai ordre de vous remettre, chaque trimestre, 5,000 francs... les voici. Dans trois mois, je vous enverrai pareille somme... Je dis enverrai, parce que mes intérêts m’obligent de retourner en Angleterre et de m’y fixer. Voici mon adresse à Londres, s’il vous survenait quelque embarras sérieux... écrivez-moi. Sur quoi, mon mandat étant rempli... Salut!...
—Eh! va-t-en au diable, vieux serin!... gronda M. Wilkie en refermant la porte sur M. Patterson... A Chaillot, les gêneurs!...
Voilà tout ce que son excellent cœur lui inspira, en se séparant, peut-être pour toujours, de l’homme qui, pendant dix années, lui avait, en définitive, tenu lieu de famille.
C’est que déjà, à cette époque, M. Wilkie était un garçon très-fort, au moins en théorie, et bien au-dessus des préjugés du commun.
S’il avait été rebelle à toutes les études du lycée, il s’y était instruit de quantité de choses que les professeurs n’enseignent pas.
Quelques «cancres,» ses intimes, dont les parents étaient riches, et qui jouissaient de leur liberté aux jours de sortie, l’avaient initié aux grandes façons et lui avaient appris à discerner ce qui est chic de ce qui ne l’est pas.
Il n’y a pas de circulaire de M. Duruy qui tienne, on retrouvera toujours au fond des lycées, à Paris surtout, comme un reflet des mœurs du temps. Le portier peut surveiller la contrebande du tabac et des liqueurs, il ne saurait arrêter à l’entrée les idées bêtes et malsaines que certains élèves rapportent du dehors.