—Eh!... je lui donnerais la moitié de ce qu’il me ferait avoir...
—C’est trop.
—Non, non!...
Il était de bonne foi, très-certainement. Que ne promet-on pas, dans la sincérité de son âme, au mortel généreux qui promet de l’argent quand on n’en a pas, quand on en veut, quand il en faut... Alors aucune commission ne paraît exorbitante... C’est plus tard, l’échéance venue, au moment de payer, qu’on suppute le taux de l’intérêt...
—Si je vous déclare que la moitié est trop, c’est que c’est vrai... Et mieux que personne j’en puis être juge, puisque l’homme qui peut vous mettre en possession d’une fortune énorme... c’est moi!
M. Wilkie recula d’un pas, abasourdi, hébété de surprise.
—Cela vous étonne!... fit le vicomte, et pourquoi, s’il vous plaît? Serait-ce parce que j’exige une commission?...
—Oh!... pas du tout.
—Ce n’est peut-être pas très... gentilhomme, mais c’est pratique. Je suis dans le mouvement, moi; les affaires sont des affaires. Passé midi, au restaurant, au cercle, chez les petites dames, je suis tout ce qu’il y a de plus vicomte et grand seigneur; les questions d’argent me donnent des nausées, pouah!... je suis insouciant, facile à la poche, obligeant pour mes amis... Mais dans la matinée, je suis tout simplement le sieur Coralth, un bourgeois qui ne paye pas ses fournisseurs avec des noyaux de pêche et qui surveille sa fortune parce qu’il n’a pas envie de faire le plongeon et de terminer sa brillante carrière simple soldat dans une légion étrangère quelconque...
M. Wilkie ne le laissa pas continuer... il croyait, et sa joie débordait, folle, délirante.