Ce n’était pas pour son plaisir, on peut le croire, ni par caprice, que M. de Coralth remettait au surlendemain ses confidences.
Il savait son Wilkie sur le bout du doigt et sentait tout ce qu’il y avait de périlleux à laisser cet intelligent jeune homme errer par la ville avec la moitié d’un secret de cette importance.
Différer, c’est presque toujours fournir au hasard des armes contre soi.
Mais agir autrement lui avait paru impossible...
S’il s’était hâté de faire signer un engagement à M. Wilkie, c’est que sans connaître M. Fortunat, il connaissait l’industrie des dénicheur d’héritages, et qu’il craignait d’être devancé par quelque habile limier...
S’il avait remis au lundi à dire son dernier mot, c’est qu’il n’avait pu rejoindre le marquis de Valorsay depuis qu’il savait la mort du comte de Chalusse et qu’il n’osait rien conclure de définitif sans le consulter...
Car telle était la situation que lui faisait son passé, qu’il était, entre les mains du marquis comme un œuf entre celles d’un fort de la halle... Au moindre soupçon de trahison M. de Valorsay fermait la main, et lui, Coralth, il était écrasé...
C’est donc chez ce redoutable associé qu’il se rendit en sortant de chez M. Wilkie, et tout d’une haleine il lui conta ce qu’il savait, et les projets qu’il avait conçus...
Grande dut être la stupeur du marquis en apprenant que la d’Argelès était une demoiselle de Chalusse, mais il sut rester impassible. Il écouta sans interrompre, et lorsque le vicomte eut achevé:
—Pourquoi, demanda-t-il, avoir attendu si tard pour me dire tout cela?