—C’est un petit malheur!... balbutia Mme d’Argelès d’un ton qui démentait manifestement ce qu’elle disait.
Et pressée de se dérober à la curiosité et aux conjectures de ses gens, elle gagna le petit salon où elle se tenait habituellement.
M. Fortunat lui avait laissé sa carte, c’est-à-dire son adresse, rien n’était si simple que de courir chez lui ou de lui dépêcher un domestique... Elle en eut la tentation... Puis elle se dit que mieux valait attendre, qu’une heure de plus ou de moins importait peu...
Elle avait envoyé un homme de confiance, Jobin, à la rencontre du baron Trigault, il allait le lui ramener d’un moment à l’autre, et le baron la conseillerait... il verrait mieux qu’elle et plus juste quel parti il y avait à prendre...
Et elle attendit...
Et cependant elle sentait le terrain brûlant sous ses pieds, et plus elle réfléchissait, plus le danger lui semblait pressant et terrible.
La conduite de M. Fortunat, qui se représentait à son esprit, qu’elle discernait et jugeait maintenant, lui donnait tout à craindre de cet astucieux personnage.
Car il lui avait tendu un traquenard, elle le reconnaissait, et elle s’y était laissée prendre... Peut-être soupçonnait-il seulement son identité, quand il s’était présenté chez elle... Il lui avait annoncé brusquement la mort du comte de Chalusse, elle s’était trahie et lui n’avait plus douté.
—Que n’ai-je eu la présence d’esprit de nier audacieusement! murmurait-elle. Ah! si j’avais eu l’affreux courage, au lieu de fondre en larmes, d’éclater de rire, de répondre que je ne comprenais absolument rien à ce qu’il me racontait, cet homme se serait retiré, persuadé qu’il s’était trompé...
Et encore, cet agent d’affaires si rusé lui avait-il dit tout ce qu’il avait pénétré du mystère dont elle s’entourait? C’était peu probable.