Voilà ce qu’une voix sinistre, la voix du pressentiment criait à Mme Lia d’Argelès au moment où M. Isidore Fortunat, brusquement congédié par elle refermait sur lui la porte du salon.

Cet homme l’avait saluée de cet antique et illustre nom de Chalusse qu’elle n’avait pas entendu prononcer, qu’elle s’était interdit d’articuler depuis plus de vingt ans... Cet homme savait qu’elle, la d’Argelès, comme on disait, elle était une Durtal de Chalusse!

Cette affreuse certitude l’écrasait.

Il lui avait affirmé, ce Fortunat, que sa visite était absolument désintéressée... L’intérêt qu’il portait à la famille de Chalusse, la commisération que lui inspirait le sort d’une malheureuse jeune fille, Mlle Marguerite, étaient, à ce qu’il avait prétendu, les uniques mobiles de sa démarche...

Mais Mme d’Argelès avait de la vie une trop cruelle expérience pour croire à ce beau désintéressement... Les temps sont difficiles, les sentiments chevaleresques sont hors de prix, elle l’avait éprouvé.

—Si cet homme est venu, murmurait-elle, c’est qu’il voit un avantage pour lui à ce que je me présente pour recueillir l’héritage de mon pauvre frère... En repoussant ses sollicitations, je le prive du bénéfice qu’il espérait. C’est un ennemi que je viens de me faire, et ce qu’il sait, il va s’empresser de le publier partout... Ah! j’ai été folle de le renvoyer ainsi... Je devais paraître l’écouter, me l’attacher par toutes sortes de promesses... je devais...

Elle s’arrêta court... Un espoir lui venait. M. Fortunat n’était sans doute pas loin encore, si on le rejoignait, si on le lui ramenait, ne pourrait-elle pas atténuer sinon réparer complétement sa faute?...

Sans perdre une seconde, elle descendit et ordonna à un domestique et à son concierge de courir après le Monsieur qui venait de sortir, de tâcher de le rattraper et de le prier de revenir, qu’elle avait réfléchi...

Ils s’élancèrent dehors et elle les attendit dans la cour, le cœur serré par l’anxiété du résultat...

Trop tard!... Ses émissaires, au bout d’un quart d’heure, reparurent l’un après l’autre, seuls... Ils avaient eu beau se hâter, ils n’avaient aperçu personne ressemblant au visiteur qu’ils poursuivaient... Ils s’étaient informés aux boutiquiers de la rue, aucun d’eux ne l’avait vu...