Le temps passait, cependant, et Jobin ne reparaissait pas... Que signifiait ce retard? Ne savait-il pas où trouver le baron?... Avait-il rencontré des amis et était-il allé boire avec eux!...
Décidément, le malheur était sur elle!... Quand la catastrophe est imminente, tout devient contraire, tout manque, tout avorte, tout trahit!...
Au moment où M. Fortunat s’était présenté, Mme d’Argelès causait avec le baron Trigault.
Ce digne homme soupçonnait déjà l’infâme guet-apens dont Pascal Férailleur avait été victime, guet-apens dont elle n’était que trop certaine, hélas!... et il venait lui proposer de s’allier à lui pour démasquer l’infamie du vicomte de Coralth...
Et elle avait refusé... N’était-elle pas à la discrétion du vicomte!... Elle avait sacrifié un innocent à l’intégrité de son secret... Pour n’être pas trahie, elle était devenue la complice du plus odieux et du plus lâche des crimes...
Même, elle avait traité de chimères les soupçons du baron, et elle avait défendu Coralth avec une telle véhémence, que le baron, le seul ami qu’elle eût, s’était retiré blessé et indigné...
Mon Dieu!... que n’était-il là pour la conseiller... Au milieu de l’étrange complication des événements, sa tête se perdait, elle se sentait prise du vertige; elle n’y voyait plus clair...
Et pourtant, en dépit de son trouble, elle comprenait qu’il fallait agir, décider quelque chose, prendre un parti, si désespéré qu’il pût être.
Pouvait-elle tolérer que l’homme préféré par Mlle Marguerite, la fille de son frère, sa nièce par le sang sinon par la loi, que Pascal Férailleur fût sacrifié, égorgé, perdu par M. de Coralth, un misérable, au profit du marquis de Valorsay?
Lui était-il permis d’endurer que Mlle Marguerite devînt contre son gré et contre son cœur la femme du marquis?...