Plus son frère avait été pour elle dur et impitoyable, plus c’était, lui semblait-il, un devoir de protéger Marguerite, de la sauver...
Elle ne savait que trop ce que deviennent les femmes abandonnées... Laisserait-elle Marguerite rouler au fond de l’abîme où elle-même se débattait?...
Mais telle était l’inexorable fatalité qui pesait sur Mme d’Argelès, qu’elle ne pouvait essayer de secourir Pascal et Marguerite sans se perdre sûrement elle-même.
Et encore, les sauverait-elle, en bravant pour eux un malheur qui lui paraissait mille fois pire que la mort!...
La croirait-on, quand elle dénoncerait le crime du vicomte de Coralth et du marquis de Valorsay? Est-ce qu’on ferait seulement attention aux accusations d’une femme comme elle?... Peut-être atteindrait-elle Coralth, n’ayant pour le démasquer qu’un nom à prononcer et un numéro de la Gazette des Tribunaux à montrer... Mais Valorsay!... N’était-il pas au-dessus de ses coups par son nom, par sa fortune, par son passé intact!... Et c’était lui, cependant, qui était le plus coupable, ayant été la tête qui conçoit si l’autre avait été le bras qui exécute; c’était lui qu’il importait surtout de frapper.
Vainement, dans sa détresse, la pauvre femme s’efforçait d’étudier sa situation, elle n’y découvrait aucune issue... C’était comme un cercle de fer qui, de plus en plus, se resserrait autour d’elle... Ce qu’elle apercevait de tous côtés, c’était le mépris, le désespoir, la honte!...
Perdue de douleur et d’épouvante, elle oubliait jusqu’au temps qui s’écoulait, quand le roulement d’une voiture dans la cour la fit tressaillir.
—C’est Jobin, se dit-elle... il ramène le baron...
Hélas! non... Jobin revenait seul.
—Personne!... prononça-t-il d’un ton découragé.