Quand on se noie, qu’on se sent couler, qu’on en est à la dernière gorgée, le brin d’herbe qui flotte semble une planche de salut et on s’y raccroche...

C’est avec un cri de joie que Mme d’Argelès accueillit le baron, comme s’il eût pu faire que ce qui était ne fût pas...

Elle espéra, elle qui, la minute d’avant, répétait encore: «C’en est bien fait, tout est bien perdu!»

—Ah!... vous êtes bon d’être venu, s’écria-t-elle... Si vous saviez avec quelles angoisses je vous attendais... Ah!... vous êtes bon!...

Il ne répondit pas.

Lui, assez vif d’ordinaire, en dépit de son embonpoint et de sa continuelle oppression, il s’avançait d’un pas roide et lourd, l’œil injecté, la joue blême, tout frémissant encore des horribles scènes qu’il venait de subir à son hôtel.

Et encore, fallait-il qu’il eût sur lui un prodigieux empire, pour ne pas paraître plus bouleversé après l’accès de rage provoqué par la baronne, après les confidences de Pascal Férailleur et les révélations du marquis de Valorsay.

—Si vous saviez, poursuivait Mme d’Argelès, si vous saviez!...

Mais-elle s’interrompit, frappée à la fois, malgré le désordre de son esprit, de l’attitude et de la physionomie du baron.

Il s’était arrêté au milieu du salon, et immobile, il dardait sur elle un regard étrange, persistant, où se reflétaient les sentiments contradictoires qui s’agitaient et s’entrechoquaient en lui: la colère et la haine, la pitié et le pardon...