Mme d’Argelès frissonna...

La mesure n’était-elle donc pas comble, un malheur nouveau allait-il fondre sur elle!... Était-ce une aggravation de peine que lui apportait le baron, et non un soulagement!...

—Pourquoi me regardez-vous ainsi, demanda-t-elle d’une voix altérée par l’anxiété... que vous ai-je fait?...

Il hocha tristement la tête, et doucement:

—Vous! ma pauvre Lia... Rien!...

—Alors... qu’y a-t-il, ô mon Dieu, vous me faites peur!...

Il se rapprocha d’elle et lui prit la main, comme si par ce contact de la chair il eût voulu la pénétrer mieux et plus intimement de ce qu’il ressentait.

—Ce qu’il y a? fit-il, je vais vous le dire. Vous savez, n’est-ce pas, que j’ai été lâchement dupé et joué, que ma vie a été brisée par un misérable qui a séduit la femme que j’aimais de la plus folle passion... ma femme?... Vous avez entendu mes serments de vengeance, si jamais j’arrivais à le connaître... Eh bien! Lia, je le connais maintenant... L’homme qui m’a volé ma part de bonheur ici-bas, c’est le comte de Chalusse, c’est votre frère!...

D’un brusque mouvement, Mme d’Argelès arracha sa main de celle du baron, et, terrifiée comme si elle eût vu devant elle se dresser un spectre, le bras étendu, elle recula jusqu’au mur en poussant un grand cri:

—Mon Dieu!...