Un amer sourire crispa les lèvres du baron.
—Que craignez-vous? fit-il. Votre frère n’est-il pas mort?... Il m’a volé jusqu’au bonheur de la vengeance...
Quand il se fût agi de sauver d’un seul mot la vie de son fils, de son Wilkie, Mme d’Argelès n’eût pu prononcer ce mot.
Elle savait, elle, les horribles déchirements qui avaient conduit le baron à une sorte de suicide moral, qui l’avaient amené à lier des parties de cartes où il risquait un demi-million et qui duraient une semaine à douze heures par jour.
—Mais ce n’est pas tout; reprit-il, écoutez encore... J’étais sûr, je vous l’ai dit souvent, que ma femme, en mon absence, était devenue mère... Je l’ai cherché des années, cet enfant maudit, espérant que par lui j’arriverais jusqu’à son père... Eh bien, je l’ai retrouvé!... Cette enfant est aujourd’hui une belle jeune fille... Elle vivait à l’hôtel de Chalusse, près de votre frère... On l’appelle Mlle Marguerite.
Accotée contre le mur, les bras pendants et inertes, plus tremblante que la feuille, Mme d’Argelès écoutait.
Et c’était à douter qu’elle comprît, tant il y avait dans ses yeux d’égarement et de détresse...
C’est que l’horreur de l’événement dépassait ses appréhensions les plus affreuses...
L’étrangeté de la réalité outrait les plus sinistres caprices du cauchemar...
Sa raison vacillait sous tant de coups répétés, et son fils, son frère, Marguerite, Pascal Férailleur, Coralth, Valorsay, tous ceux qu’elle aimait, craignait ou haïssait, tourbillonnaient comme des spectres dans le chaos de son cerveau...