—Vrai!... bien vrai!... Ce n’est pas la pitié seule qui t’arrache cette promesse... Tu devrais me haïr, cependant, me maudire!... Quel supplice!... Ah! dès qu’une femme a l’âge de raison, sans cesse, on devrait lui répéter: «Prends garde!... Ton enfant aura vingt ans un jour et il te faudra affronter ses regards... C’est lui qui te demandera compte de ton honneur devenu le sien!» Mon Dieu! Il n’y aurait plus de fautes avec cette pensée... En être réduite à cet excès d’abjection et de misère de n’oser lever la tête devant son fils!... Malheureuse que je suis!... Hélas! mon Wilkie, je ne sais que trop que tu ne peux pas ne me pas mépriser...

—Ah! mais non... Mais pas du tout!... Voilà une idée!...

—Jure-moi que tu me pardonnes...

—Parole sacrée!...

Pauvre femme! sa figure rayonna... Elle voulait croire... Cela eût-il donc dû suffire à la rassurer, à un moment où le passé se dressait formidable...

Mais son fils était près d’elle, si près d’elle qu’elle sentait son haleine dans ses cheveux... C’était bien lui. Avaient-ils jamais été séparés? Elle en doutait, tant par la pensée elle avait vécu près de lui, avec lui, de sa vie...

C’est avec une sorte d’extase idiote qu’elle le contemplait, ses yeux le suppliaient; ils mendiaient une caresse; ses lèvres s’avançaient frémissantes... Lui ne voyait rien... Longtemps elle avait hésité, tremblant peut-être d’être repoussée... Mais, à la fin, cédant à un mouvement plus fort que tout, elle jeta les bras autour du cou de M. Wilkie, l’attira vers elle et la serra contre sa poitrine dans une étreinte convulsive...

—Mon fils! répétait-elle, t’avoir à moi... après tant d’années!

Malheureusement, il n’était pas au monde de tourbillon de passion capable d’emporter M. Wilkie.

Ayant atteint dès le début son maximum d’émotion, son esprit, bien loin de s’exalter, se rasseyait dans son flegme.