—Peut-être est-ce la destinée qui se lasse, poursuivait-elle... C’est une vie nouvelle à recommencer. Par toi, Wilkie, je puis être heureuse encore, moi qui depuis tant d’années n’espérais plus rien ici-bas. Mais aurais-tu le courage d’oublier?...
—Quoi?
Elle baissa la tête, et d’une voix à peine distincte, répondit:
—Le passé, Wilkie...
Mais lui, de l’air le plus insouciant, fit claquer ses doigts en s’écriant:
—Bast! ce qui est passé est passé!... Est-ce que tout ne s’oublie pas?... Paris en a vu bien d’autres! Vous êtes ma mère, n’est-ce pas?... Votre conduite ne me regarde pas... C’est que je me moque un peu de l’opinion, moi... Je commence par faire ce qui me plaît, et je consulte les autres après... Et à ceux qui ne sont pas contents, je dis: Allez vous asseoir!
C’est avec un saisissement de joie que l’infortunée écoutait son fils... L’étrangeté de ses expressions eût dû la frapper, l’éclairer... mais non. Elle ne voyait, elle ne comprenait qu’une chose, c’est que bien loin de la repousser, il l’acceptait bravement, c’est qu’il était prêt à se dévouer pour elle...
—Mon Dieu! balbutia-t-elle, est-ce bien vrai? tu me permettrais de vivre près de toi?... Oh! ne te hâte pas de répondre... Réfléchis avant tout à ce que cela te coûtera d’efforts et de peines...
—C’est tout réfléchi... ma mère!...
Elle se leva, vibrante d’enthousiasme et d’espoir...