—Alors, s’écria-t-elle, nous sommes sauvés... Qu’il soit béni, celui qui t’a révélé mon secret... Et moi qui doutais de ton courage Wilkie!... Enfin, je puis quitter mon enfer!... Cette nuit même, nous allons fuir cette maison sans détourner la tête... Je ne remettrai pas les pieds dans mes salons... les joueurs exécrés qui s’y pressent ne me reverront plus... De ce moment, Lia d’Argelès est morte.

Positivement, M. Wilkie semblait un homme qui tombe des nues...

—Comment, fuir! bégaya-t-il... pour où aller?...

—Pour gagner un pays où on ne sache rien de nous, Wilkie, un pays où tu n’aies pas à rougir de ta mère...

—Permettez... je vous ai dit...

—Fiez-vous à moi, mon fils... Je sais, près de Londres, un riant village où nous trouverons un asile... J’ai gardé en Angleterre assez de relations pour n’avoir rien à redouter des commencements si rudes aux étrangers... M. Patterson, qui dirige maintenant une manufacture importante, sera heureux, je le sais, de nous être utile... Va, nous ne serons à charge à personne, maintenant que tu es résolu de travailler...

Sur ce mot, par exemple, M. Wilkie se dressa révolté...

—Pardon!... interrompit-il, je n’y suis plus du tout... C’est à moi que vous proposez de travailler dans la fabrique de M. Patterson?... Eh bien!... là, vrai, je la trouve mauvaise!...

Aux paroles de M. Wilkie, à son accent, à son geste, il n’y avait plus à se tromper ni à se faire illusion... Il apparaissait tout entier pour ainsi dire, tel qu’il était vraiment, il se révélait...

Quelle avait été son horrible méprise, Mme d’Argelès le reconnut... Le bandeau tomba de ses yeux... Elle avait pris pour la réalité ses rêves, et pour la voix de son fils la voix de ses désirs à elle-même...