—Taisez-vous donc, Léon, prononça-t-elle, c’est nous qui sommes cause de ce désordre, et j’en suis toute honteuse...
La gouvernante dut retenir la méchanceté qui lui montait aux lèvres... Mme de Fondège reparaissait suivie d’une grande fille à l’œil provocant, au nez odieusement retroussé, beaucoup trop bien coiffée, et qui tenait un flambeau allumé.
—Comment m’excuser, madame, commença Mlle Marguerite, de toute la peine que je vous donne...
—Eh!... chère enfant, je n’ai jamais été si heureuse... Venez, venez voir votre chambre...
Et pendant qu’on traversait plusieurs pièces à peine meublées:
—Ce serait plutôt à moi, continua Mme de Fondège, de vous faire des excuses. Vous allez regretter, je le crains, les splendeurs de l’hôtel de Chalusse... C’est que nous ne possédons pas des millions comme feu votre pauvre père... Nous avons une grande aisance, rien de plus... Mais tenez, vous voici chez vous.
La femme de chambre venait d’ouvrir une porte, Mlle Marguerite entra dans une assez grande pièce à deux fenêtres, tendue d’un méchant papier passé, garnie de rideaux de perse dont le soleil et la poussière avaient mangé les couleurs.
Tout y était dans un épouvantable désordre, et d’une répugnante malpropreté... Le lit était défait, la toilette n’avait pas été lavée, des chaussons de lisière traînaient sur la descente de lit tout éraillée; sur la cheminée, veuve de pendule, une bouteille de bierre vide et un verre étaient restés... Puis à terre, sur les meubles, dans les coins, partout, en quantité, à foison, comme s’il en eût plu, des bouts de cigarettes traînaient...
—Quoi!... glapit Mme de Fondège, vous n’avez pas fait cette chambre, Justine...
—Ah!... ma foi!... je n’ai pas eu le temps...