Les évidentes attentions de M. et Mme de Fondège ne contribuaient pas peu, d’ailleurs, à lui faire prendre son mal en patience.

Sans savoir précisément ce que «le général» et sa femme attendaient de Mlle Marguerite, elle était trop fûtée pour ne pas flairer qu’ils en espéraient quelque chose d’important, et sa «chère enfant» l’avait posée comme une de ces confidentes subalternes qu’il est indispensable de ménager et beaucoup.

—Ces gens-ci vont me faire une cour assidue, pensait-elle.

Et toute prête à jouer un double rôle entre le marquis de Valorsay et les Fondège, toute disposée même à passer à ces derniers si leurs arguments avaient plus de poids, elle entrevoyait une longue série de prévenances, de cadeaux et de gâteries.

Dès ce premier soir, ses prévisions se réalisèrent et une surprise l’attendait qui la ravit.

Il fut décidé qu’elle mangerait à la table des maîtres, ce qui jamais à l’hôtel de Chalusse ne lui était arrivé.

Mlle Marguerite éleva bien quelques objections qui lui valurent le plus venimeux regard, mais Mme de Fondège tint bon, ne voyant pas, disait-elle gracieusement, pourquoi on se priverait de la société d’une personne aussi distinguée... Que cette faveur lui eût été attirée par son seul mérite, c’est ce dont Mme Léon ne douta pas.

Plus perspicace, Mlle Marguerite crut comprendre que «la Générale» enrageait de prendre ce parti, mais qu’elle y était condamnée par l’impérieuse nécessité de soustraire la femme de charge au contact, c’est-à-dire aux confidences compromettantes de ses gens.

C’est qu’il devait y avoir à cacher dans la maison quantité de ces petits mystères odieux ou ridicules, terribles pour l’honorabilité ou pour l’amour-propre.

Pendant qu’on montait et qu’on installait ses bagages et ceux de Mme Léon, par exemple, Mlle Marguerite surprit Mme de Fondège et sa camériste en grande confidence, chuchotant avec cette volubilité qui trahit un embarras inattendu et pressant...