De quoi donc s’agissait-il?

Sans remords, elle prêta l’oreille, et ces mots: «paire de draps» répétés plusieurs fois, lui donnèrent singulièrement à réfléchir.

—Serait-ce possible!... pensa-t-elle, n’y aurait-il pas de draps à nous donner...

Elle ne tarda pas d’ailleurs à apprendre quelle opinion avait la femme de chambre de la maison où elle servait. Tout en s’escrimant du balai, de l’éponge et du plumeau, cette fille qu’exaspérait le surcroît d’ouvrage qu’elle se voyait en perspective, ne cessait de grommeler entre ses dents, et de maudire la «baraque où on se crevait de travail, où on ne mangeait pas son soûl, et où encore il fallait attendre ses gages...»

Mais Mlle Marguerite ne devait pas avoir beaucoup le loisir de réfléchir.

Elle s’employait de son mieux à aider la camériste, fort étonnée de voir si peu fière cette belle demoiselle qui avait l’air d’une reine, quand le domestique, cet Évariste, chassé par «la Générale,» une demi-heure avant, parut, et d’un ton insolent prononça les paroles sacramentelles:

—Mme la comtesse est servie!...

Car Mme de Fondège, tant qu’elle pouvait, d’autorité ou par ruse, exigeait ce titre...

Elle s’était improvisée comtesse comme son mari s’était établi général, de son autorité privée et sans plus de difficulté. A la suite de fouilles dans les «archives» de sa famille, déclara-t-elle à ses intimes, elle avait retrouvé la preuve qu’elle et les siens étaient «nobles de race,» un de leurs aïeux ayant eu une grande charge à la cour de François Ier ou de Louis XII,—elle confondait parfois.

Ceux qui ne connaissaient pas son père, le marchand de bois, ne trouvaient à cela rien d’impossible.