Évariste d’ailleurs était mis comme il convient pour annoncer le dîner à une personne de cette qualité.

Valet de pied pour ouvrir la porte dans la journée, et doré alors sur toutes les coutures, ce serviteur à plusieurs fins revêtait à l’heure du dîner l’habit noir sévère du maître d’hôtel.

Et véritablement il lui fallait cette tenue, pour ne pas jurer dans le cadre somptueux de la salle à manger.

Car elle était magnifique, cette salle, avec, ses lourds dressoirs chargés de vaisselles et de porcelaines curieuses, qui lui donnaient un peu l’aspect d’un musée...

A ce point, qu’après s’être assise à table, entre «le général» et sa femme, en face de Mme Léon, Mlle Marguerite se demanda si jusqu’à ce moment elle n’avait pas été abusée par la dangereuse optique de la prévention.

Elle remarqua bien qu’on mangeait dans du ruoltz, et que même les couverts manquaient un peu, mais il est des gens économes qui tiennent leur argenterie sous clef. Le service de porcelaine était d’ailleurs très-beau, marqué au chiffre du «général,» et surmonté de la couronne comtale de sa femme...

Le dîner, il est vrai, était détestable, servi avec profusion, mais mal... On eût dit le coup d’essai de quelque infime gâte-sauce.

Tel quel, «le général» le savourait avec délices... Il mangeait gloutonnement de tout, le rouge montait à ses pommettes, et le bien-être de la chair largement satisfaite s’épanouissait sur sa physionomie.

—C’est à croire, pensait Mlle Marguerite, qu’il reste sur son appétit, d’ordinaire, et que ceci lui semble un festin.

Et, de fait, il semblait y avoir en lui comme un trop plein de contentement toujours prêt à déborder.