Elle lisait ligne à ligne, mot à mot, et le froncement de ses sourcils et le pli de sa lèvre trahissaient un violent effort de compréhension et un certain mécontentement.
A la fin, elle haussa les épaules, grommela quelques paroles qu’intercepta la cloison et se mit à s’habiller, après avoir posé la lettre toute ouverte sur la méchante commode qui, avec deux chaises et le lit, comprenait tout le mobilier de son cabinet...
—Mon Dieu!... priait Mlle Marguerite, mon Dieu! faites qu’elle l’oublie...
Elle ne l’oublia pas...
Étant prête et parée, elle la relut une fois encore, puis elle la serra précieusement dans le second tiroir de la commode, ferma à double tour et mit la clef dans sa poche.
—Je ne saurais donc rien! pensa Mlle Marguerite. Non, c’est impossible! il faut que je sache, je le veux!...
De ce moment, ce fut une idée qui s’empara despotiquement de son esprit. Et telle était son application obstinée à chercher un expédient, qu’elle ne prononça pas dix paroles, et encore de l’air le plus distrait, pendant le déjeuner.
—Je ne suis qu’une niaise si je n’arrive pas jusqu’à ce maudit papier, se répétait-elle... Là, j’en suis sûre, est le mot de l’intrigue abominable dont Pascal et moi sommes victimes...
Sa préoccupation, par bonheur, ne fut pas remarquée... Chacun des convives avait la sienne.
Mme Léon rêvait aux nouvelles qu’elle venait de recevoir, et d’ailleurs son attention était presque exclusivement sollicitée par des perdreaux truffés et une bouteille de Château-Laroze... Car elle était un peu portée sur sa bouche, la chère dame, et même elle le confessait ingénûment, en ajoutant que personne n’est parfait...