Il brûlerait sa lettre le lendemain, et penserait ainsi anéantir toutes les preuves de son infamie... Et pas du tout, elle, au moment décisif, quand le marquis croirait triompher, elle tirerait pour ainsi dire cette lettre du néant, et l’en écraserait. Et c’était elle, une jeune fille, qui jouait ce fourbe insigne!...
—Je n’ai pas été indigne de Pascal, se disait-elle avec une douce trépidation d’orgueil.
Mais Mlle Marguerite n’était pas de ces faibles qu’un sourire de la destinée enivre et qui, imprudents, s’endorment dans la vanité d’un premier succès...
La fièvre de l’action tombée, elle eût été disposée à s’amoindrir plutôt qu’à s’exagérer l’avantage qu’elle venait de remporter.
C’est qu’elle voulait la victoire complète, éclatante...
C’était peu, à ce qu’il lui semblait, de démasquer le marquis de Valorsay, elle était résolue à pénétrer jusqu’au plus profond de ses desseins, décidée à lui arracher le secret de son acharnement à la poursuivre...
Puis, elle avait beau se sentir une arme formidable, elle ne pouvait se défendre d’appréhensions sinistres en songeant aux menaces de la lettre du marquis.
«Grâce au concours d’un de mes amis, écrivait-il, je puis placer cette fière personne dans une position terrible, très-périlleuse, et d’où elle ne sortirait probablement pas seule...»
Cette phrase ne devait plus sortir de la mémoire de Mlle Marguerite.
Qu’était-ce que ce danger suspendu au-dessus de sa tête, d’où viendrait-il, comment et sous quelle forme?... Quelle machination abominable n’y avait-il pas à attendre du misérable qui avait froidement déshonoré Pascal?... Comment l’attaquerait-il, elle?... S’en prendrait-il à sa réputation de jeune fille ou à sa personne?... Devait-elle trembler d’être attirée dans quelque guet-apens ignoble, et abandonnée aux outrages d’abjects scélérats!...