Mille souvenirs affreux du temps où elle était apprentie charrièrent tout son sang à son cerveau.
—Je ne sortirai plus sans être armée, pensa-t-elle, et malheur à qui porterait la main sur moi!...
Ah!... n’importe, le vague de la menace en doublait l’effroi. Il n’est pas de vaillance capable d’envisager froidement un péril inconnu, mystérieux, toujours imminent et qui ne laisse pas de relâche à la pensée:
Et ce n’était pas tout...
Le marquis n’était pas son seul ennemi... Elle avait tout, de même, à redouter des Fondège, ces dangereux hypocrites qui ne l’avaient attirée chez eux que pour l’y égorger plus sûrement...
M. de Valorsay écrivait que les Fondège ne l’inquiétaient pas et qu’il avait vu clair dans leur jeu... Quel était donc leur jeu?... Ils tenaient à ce qu’elle devînt la femme de leur fils, jusqu’où pousseraient-ils la contrainte?...
Enfin, une suprême terreur achevait de bouleverser son âme, l’instant d’avant pleine de sécurité et d’espérance...
Quand on l’attaquerait, lui laisserait-on le temps de se reconnaître et de faire usage du fac-simile de la lettre!...
—Il faut, pensa-t-elle, que je révèle mon secret à un homme sûr qui me vengerait...
Heureusement, elle avait un ami à qui se confier: le vieux juge de paix...